La libération de Diane - Catherine Laurent
La libération de Diane
A la fin de son apprentissage de coiffeuse, Diane, 18 ans reçoit son diplôme. Des cérémonies la "libèrent" de son statut d'apprentie. Tokpa Dome, Bénin, oct 2014

Extrait de mon journal
La fête qui a duré deux jours malgré la pluie a laissé la grande cour familiale exsangue..
Pendant toute une nuit les femmes ont préparé des montagnes de poissons frits, deux ou trois cabris, de la pâte de mais blanche, de la pâte de mais rouge, un wagon de riz au gras...tout en maintenant la forme au sodabi (alcool de palme dans les 70°).. Elles ont chanté des choeurs magnifiques et dans la nuit noire, je n'ai pas trouvé mon enregistreur à temps mais tout reste dans le souvenir : ces femmes joyeuses qui chantent et travaillent sous la pleine lune..
A suivi un énorme orage et la pluie est tombée drue jusqu'au matin, tambourinant les toits de tôle.
Le jour J, il a fallu patauger dans la boue rouge qui colle aux "paires" (de chaussures!). Tout le monde habillé de frais dans du pagne neuf. Un pagne par famille, ce qui permet d'être identifiée au milieu de la foule criarde et agitée sur fond de sono hyper saturée ! j'étais cette fois ci la photographe officielle de la famille et j'ai du me frayer un chemin coude à coude au milieu de mes confrères, que des hommes bien sur toujours prêts à me donner quelques conseils ou de proposer de faire la photo eux-mêmes (ce qui peut arriver en France aussi).

Les "libérées" de l'apprentissage de coiffure sont habillées comme des mariées et changent plusieurs fois de tenue, pour la remise du diplôme, pour la remise de cadeaux, etc; Après, séances de pause avec tous les membres de la famille, les amis.
Toute la journée, les parents, les voisins, les amis passent et on leur sert à manger et à boire jusque tard dans la nuit.
Le lendemain, tout le monde dort et se repose, les marmites sont vides.. les gens mangent la bouillie et se prennent la tête en pensant aux dettes...

Dans ce petit village de pêcheurs où il n'y a pas de travail, une quinzaine de nouvelles diplômées coiffeuses vont chercher à "s'installer" à côté des coiffeuses exerçant déjà. (Ouidah, la première ville est à 45 mn de piste en moto, le transport en zem, taxi-moto, est cher.)
Les "cérémonies", principalement les enterrements, ,génèrent des fêtes de près d'une semaine ou plus et sont de nouvelles occasions de dépenses en coiffures pour les femmes, en pagnes d'uniforme pour la grande famille et alliés, de nourriture et .c'est à nouveau l'endettement...
C'est comme ça, "on est là"...
la remise des diplômes
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